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Pédagogie positive ? Qu'est-ce que c'est que ça ?

Le terme n'est pas très conceptuel. Théoriquement, toute pédagogie se veut positive par nature...

Mais comment expliquer, alors, que la majorité des sondages et des enquêtes sur l'école pointent avant tout le mal-être des élèves dans l'école ? En 2009, un tiers des élèves se disaient victimes d'injustices à l'école (Marie Duru-Bellat et Denis Meuret, Les sentiments de justice à et sur l'école). 10% des élèves de collège souffrent de harcèlement, ce qui fait environ trois par classe... (Jean-Pierre Bellon et Bertrand Gardette, Harcèlement et brimades entre élèves. La face cachée de la violence scolaire) Selon l'enquête Pisa de 2016, 23% des élèves français interrogés disent se sentir "hors du coup" à l'école. Toujours dans cette même enquête, 42% des élèves français affirment être très angoissés avant un contrôle. Toute cette souffrance est-elle conforme à l'effet positif que nous souahitons produire par le geste éducatif ?

Je rencontre aujourd'hui de plus en plus de parents très instruits et très attachés au savoir et à la culture qui ont fait le choix d'instruire eux-mêmes leurs enfants (dispositif de l'école à la maison) ou d'inscrire leurs enfants dans des écoles privées qui mettent en oeuvre des pédagogies dites alternatives cherchant à promouvoir les valeurs de respect, d'autonomie et de créativité. Les principales critiques adressées par ces parents à l'école commune portent sur le fait que les enfants y subissent trop de violence, que l'on s'y ennuie beaucoup, sans forcément y apprendre tout ce que l'on a besoin de savoir.

Je ne partage pas ces choix car je pense que l'école est un lieu de socialisation d'une richesse inégalable. Je ne crois pas que le repli sur soi, ou sur l'entre-soi, qu'impliquent ces décisions soit forcément positif pour la croissance d'un enfant. Mais il me semble urgent d'entendre cette profonde insatisfaction qui menace la cohésion non pas seulement de l'espace éducatif, mais de l'espace social en général. Dans les trente dernières années, les conceptions de ce qu'est un enfant et de ce que doit être son éducation ont profondément changé. Mais l'école continue à proposer un enseignement hérité des conceptions de la IIIe République, des lycées napoléoniens, voire même des pratiques des écoles jésuites de l'Ancien Régime...

Les expressions "psychologie positve", "éducation positive", "parentalité positive" ont aujourd'hui pignon sur rue. Quiconque se targue d'élever son enfant avec bienveillance se réfère à des théories plus ou moins bien vulgarisées inspirées des principes de la Communication Non-Violente et d'études en neuro-sciences venues des Etats-Unis. Cependant, une rapide recherche sur Google m'a donné à constater que les occurrences répondant aux mots-clés "pédagogie" et "positive" concernent des pratiques de psychopédagogie adressées à des enfants en difficulté scolaire, souffrant de troubles de l'attention ou des conseils donnés aux parents. Rien de bien concret pour des enseignants face à des élèves aux profils aussi divers et variés que ceux que l'école publique française accueille au quotidien.

Ce blog se donne donc pour projet d'explorer les moyens qui peuvent être mis en oeuvre pour répondre à cette attente d'une plus grande prise en compte des besoins des enfants et des adolescents à l'école. Mon idée est d'y présenter des ressources et des expériences personnelles susceptibles d'encourager certains de mes collègues à aller en confiance vers une école plus soucieuse du bien-être et de la sensibilité des élèves. N'étant affiliée à aucune chapelle pédagogique, je présenterai mes réflexions et expérimentations en toute simplicité. L'intérêt de cette démarche réside pour moi dans l'espace d'interaction offert par le blog, afin que ces idées puissent être discutées, testées ailleurs et transformées pour que l'expression "pédagogie positve" devienne le pléonasme qu'elle aurait toujours dû être.