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Grande question fondatrice de la philosophie occidentale !

Disons que, pour l'écriture de ce blog, je suis Marie-Laure Rossi, alias Mme Rossi pour les élèves, professeur agrégé de Lettres Modernes dans un lycée de la région parisienne. Cet établissement a un profil un peu particulier car il prépare uniquement aux filières S et STI du baccalauréat et propose ensuite des formation en BTS industriels et informatiques. Concrètement, cela signifie que les élèves qui s'inscrivent dans ce lycée ont une appétence particulière pour les sciences et les technologies. Etant donné les stéréotypes qui président à l'éducation encore aujourd'hui, les classes sont presque exclusivement constituées de garçons. Lorsque j'enseignais en collège, en fin de troisième, aux élèves que nous devions faire passer en seconde générale sans qu'ils en aient vraiment le niveau, on conseillait : "Inscris-toi dans un lycée technologique, tes difficultés de rédaction y seront moins pénalisées..." Ce sont les élèves que j'ai en face de moi aujourd'hui.

J'ai une double casquette : professeur de français lorsque je suis face à des classes de seconde et de première, professeur de culture générale et expression quand je suis face à des classes de BTS. Cela peut expliquer que certaines des pratiques que je présenterai soient parfois difficiles à situer dans le cadre des souvenirs de jeunesse, programmes et autres connaissances que vous pouvez avoir sur le lycée. C'est pourquoi je m'efforcerai d'être claire sur les contextes d'enseignement associés aux expériences relatées sur ce blog.

J'enseigne dans ce lycée depuis septembre 2006, ce qui commence à faire longtemps... Avant d'être nommée là, j'ai exercé cinq ans dans un collège classé ZEP d'une ville de la banlieue nord de Paris. Cette expérience m'a assurément beaucoup appris sur la pédagogie, l'accompagnement des élèves, et surtout les conditions réelles de la vie en banlieue. J'y ai été suffisamment saisie par la complexité des conditions de vie de mes élèves pour essayer de mieux comprendre leur situation en préparant une licence de Sciences de l'Education à l'université de Saint-Denis. J'ai principalement suivi les cours de l'équipe Escol, qui s'intéressait à la sociologie de l'école et à l'expérience scolaire des jeunes de banlieue.

Contrairement à la majorité de mes collègues, qui décrochent de l'université quand ils doivent se confronter aux difficultés concrètes du métier, j'ai toujours ressenti le besoin de continuer à me frotter aux questions théoriques de ma discipline afin de ressourcer mon enseignement. L'interrogation récurrente de mes élèves sur l'intérêt pour eux d'étudier des textes souvent très anciens m'a conduite à préparer une thèse de doctorat consacrée à Marguerite Duras et Annie Ernaux, sur les liens entre la littérature et les médias. Cela m'a permis de réfléchir sur les conditions d'écriture des textes littéraires aujourd'hui et sur ce que la connaissance de la littérature contemporaine peut apporter à nos élèves.

A défaut d'être une enseigante-chercheuse, je suis une enseignante toujours en recherche. Les situations d'enseignement très incorfortables que j'ai toujours rencontrées m'ont profondément stimulée à trouver des propositions pédagogiques plus adaptées aux besoins de mes élèves que celles qui nous sont imposées par la tradition et l'académisme ambiants. J'oscille souvent entre pratiques farfelues et réinvention de ce qui se fait depuis longtemps ailleurs. Mais je fais de mon mieux pour rendre plus respirable l'air de ma classe, et parfois, j'y arrive...