Bedugul 3Je pense, depuis plusieurs années, que l'on réfléchit et que l'on travaille mieux lorsque l'esprit est reposé et apaisé. Ma pratique régulière du yoga et de la méditation m'a appris à quel point on peut aller loin, si l'on commence par se détendre plutôt que d'affronter les obstacles en force. J'avais déjà fait quelques timides essais de méditation avec une classe de seconde qui, après quelques semaines de ricanements, avait apprécié d'avoir enfin du "temps pour ne rien faire" à l'école... A méditer...

Cette année, je travaillais avec une classe de deuxième année de BTS qui devait passer son épreuve de culture générale et expression au début du mois de mai. Cette section électronique fait partie des classes que mes collègues et moi ne prenons pas en charge avec plaisir, tant les élèves peuvent s'y montrer indisciplinés, insolents et désinvoltes. Pour vous donner une idée de l'ambiance, l'année précédente, alors que j'écrivais je ne sais plus quoi au tableau, je me suis retournée et j'ai trouvé ma salle jonchée de boulettes de papier. Certains élèves n'avaient pas aimé la manière dont j'avais conduit le débat dans l'activité qui précédait...

En sortant du conseil de classe de fin de premier semestre, cette année, ma collègue d'anglais et moi sommes tombées d'accord sur le fait que l'ensemble des élèves de la classe paraissait très déprimé et qu'il y avait de quoi être inquiet pour les conditions morales dans lesquelles se passeraient les épreuves quelques mois plus tard. Nous avons donc décidé de mettre nos efforts en commun pour proposer des activités susceptibles d'aider nos élèves à se sentir mieux lorsqu'ils sont présents en classe et à se construire une plus grande confiance dans leurs capacités à bien faire. La méditation nous a semblé un bon dispositif pour cela.

Tous les mardis, j'ai accueilli les élèves en début de cours en leur proposant une activité de "relaxation". Je n'emploie pas le mot "méditation" en classe, car je me méfie encore de ses connotations religieuses. Ma collègue a fait de même le lundi et le jeudi. Bon nombre des exercices que j'ai réalisés s'inspirent des propositions du livre de Jacques de Coulon, Imagine-toi dans la caverne de Platon (Payot, 2015). Vous pouvez trouver, en cliquant ici, les différentes méditations que j'ai moi-même rédigées : Relaxation

Très vite, la majorité des élèves s'est enthousiasmée pour ce moment de pause, grâce auquel ils se sont sentis accueillis dans leurs difficultés et soutenus. Les premiers exercices étaient des séances destinées à leur inculquer les bases de la médiation : faire le tour du corps, observer sa respiration... Si au moins mes élèves pouvaient trouver de quoi reprendre des forces dans leurs vies agitées entre lycée, petits boulots et loisirs de jeunes adultes, j'aurais déjà gagné beaucoup. Petit à petit, j'ai inséré des exercices de visualisation positive pour les aider à appréhender leur travail et leur examen de façon positive. Comme je leur ai expliqué qu'une part de la préparation des grands sportifs se faisait ainsi, ils se sont sentis valorisés... Enfin, la veille de leur examen, vu qu'ils appelaient eux-mêmes ces séances "le yoga", je leur ai offert un yoga nidra préenregistré par Jacques de Coulon, afin qu'ils puissent se mettre dans les meilleures dispositions.

Eh bien, vous savez quoi ! Mes élèves ont été la dernière classe à quitter la salle d'examen, à tel point que leurs surveillants n'en revenaient pas. Habituellement, les élèves de BTS industriels traitent le plus rapidement possible leurs exercices et sortent dès qu'ils en ont l'autorisation. Là, ils se sont appliqués et ont mobilisé leurs ressources pour réussir. Je n'ai aucun moyen de comparer les notes qu'ils ont eues (que je ne connais pas) à celles des promotions précédentes. Mais un élève contre qui je demandais un avertissement de comportement en fin d'année précédente m'a écrit pour me remercier car il a obtenu 15.5/20. Quand on sait que la moyenne à l'examen est de 9.5/20, champagne !

Aujourd'hui, j'envisage de systématiser cette expérience en accueillant toutes mes classes par un petit exercice de relaxation en début de cours. Lorsque j'ai commencé à enseigner, on m'a appris qu'il était salutaire pour discipliner la classe de la faire entrer en rang et de faire tenir les élèves debout jusqu'à ce qu'il y ait le silence. Intérieurement, j'appelais ça "faire la Gestapo", c'est dire les sentiments que ce type de pratique pouvait éveiller en moi... N'y aurait-il pas plus de bienveillance à donner aux élèves les moyens de faire le calme en eux, plutôt que de leur imposer de donner les signes extérieurs du calme sans se préoccuper de leur état intérieur ?