Couleurs

Le color designer Jean-Gabriel Causse fait état de recherches menées sur des étudiants montrant que des expériences faites au sujet du quotient intellectuel ont prouvé qu'en présence de rouge, notre capacité de raisonnement diminue (Jean-Gabriel Causse, L'étonnant pouvoir des couleurs, J'ai Lu, 2014). D'autres études ont montré que le rouge agit, certes, sur la mémorisation à court terme, mais  qu'il inhibe davantage les étudiants qui, de ce fait, réussissent moins bien les évaluations proposées que ceux à qui on a fait subir les mêmes tests sur fond vert. En effet, le rouge est la couleur du danger, de l'alerte maximale, qui met tout les sens en action, mais dans un climat de peur peu favorable à la réceptivité et à la créativité. D'où la conclusion de Jean-Gabriel Causse : "Mesdames, Messieurs les enseignants, si vous voulez valoriser vos élèves, je vous en prie, ne corrigez pas vos copies seulement avec un stylo ruge. Pourquoi ne pas écrire vos appréciations en vert ? Les enfants y verraient un encouragement plutôt qu'une agression devant laquelle ils ont inconsciemment envie de fuir..." (p. 68).

Au contraire, toujours selon cet auteur, les teintes pâles comme "tilleul" ou "pêche" favorisent les activités cognitives ou motrices fines. De même que le rose, aurait un effet relaxant. Il a été prouvé aussi que, dans les écoles dont les murs sont peints en rose, les enfants produisent plus de dessins aux sujets positifs que dans les écoles aux murs blancs. Pour ce qui est de la créativité, le bleu semble la couleur la plus propice à la production d'idées nouvelles.

Depuis que j'ai lu cela, je demande à ce qu'un certain nombre de mes photocopies soient réalisées sur papier de couleur. Je choisis le bleu pour les exercices d'écriture qui vont demander de la créativité : sujets d'écriture d'invention, de dissertation, d'argumentation... Le vert est plutôt réservé aux documents qui nécessitent une adhésion des élèves : texte d'auteur, leçon... J'ai essayé de photocopier en rose, variante relaxante du rouge, les remarques d'orthographe et de syntaxe. Mais cette couleur a suscité de nombreuses réticences dans mon public masculin. Je compte essayer de les présenter en jaune, couleur dite de l'intellect ("Que la lumière soit !"), de la communication et de la joie de vivre.

J'ai bien conscience que cette proposition peut soulever de nombreux doutes. Je ne pourrai jamais prouver que cette attention aux couleurs ait un effet mesurable sur la réussite de mes élèves. Mais le fait est que, depuis des décennies déjà, les grandes entreprises internationales consacrent des budgets très importants à choisir la couleur des produits et de leur emballage afin de nous les vendre plus efficacement. Jean-Gabriel Causse évoque une expérience réalisée par Hewlett Packard en Europe, qui a interrogé des utilisateurs sur des papiers bleus, verts, noirs ou rouge. 53% des personnes interrogées sur questionnaires verts étaient d'accord avec les propositions de l'entreprise, contre 36% des personnes qui ont répondu sur questionnaires noirs (p. 77). Cela donne envie de regarder plus attentivement les prospectus de notre boîte aux lettres.

Pour ma part, je ne peux pas croire que ce qui marche avec le marketing puisse être sans effet en pédagogie... Même si l'Education Nationale n'a pas les moyens de financer des études comparables pour nous rassurer sur nos pratiques, ça ne coûte pas grand chose d'essayer. Le soutien à l'effort intellectuel de nos élèves passerait juste par le choix d'une ramette de papier... Pourquoi s'en priver ?