Ouverturedesprit

Pour les semaines qui viennent, je souhaiterais évoquer l'intérêt d'associer les élèves au choix de ce qui est étudié. C'est une démarche pour le moins étrange, voire même étrangère, pour les pédagogues que nous sommes... Nous avons plutôt l'habitude de déterminer seuls ce que nous allons enseigner et d'arriver en classe avec un projet qui n'a plus rien d'une proposition. Et encore, nous ne nous sentons pas toujours acteurs de nos choix, déterminés que nous sommes par les programmes scolaires. Dans ce contexte, il peut donc paraître utopique, ou même démagogique, de vouloir intégrer au projet le désir des élèves. L'expérience m'a montré que non, et c'est ce que je souhaite faire partager.

Je commencerai par le plus simple : le cours de première année de culture générale en classe de BTS. Selon la formule consacrée, "le choix des thèmes de réflexion, des textes et documents d'étude est laissé à l'initiative du professeur" (Bulletin officiel n°7 du 17 janvier 2005). Cela pourrait sembler de nature à favoriser les pratiques que je défends. Mais non. En huit ans d'enseignement en BTS, j'ai passé au moins cinq ans à déterminer moi-même les thèmes à étudier : écologie, voyage, représentations de l'avenir, monde du travail...

Devant le manque d'enthousiasme de mes élèves, j'ai fini par les consulter sur ce qu'ils souhaitent étudier et je m'en réjouis chaque année. Bien sûr, cela n'est possible qu'à l'aide d'un support de qualité. Je  travaille donc avec un manuel scolaire que les élèves sont invités à feuilleter pour découvrir les thèmes proposés et les documents qui les illustrent dans le but de s'exprimer sur ce qui les intéresserait le plus. Nous organisons un débat au cours duquel chacun défend le thème qui lui fait envie. En fin d'heure, je demande à chaque élève d'écrire un petit texte sur le sujet qui lui plaît et les raisons de son choix. Puis, je fais les comptes et détermine à la majorité des voix le thème qui sera étudié dans la période suivante.

L'enjeu n'est pas seulement pour moi de susciter plus facilement l'intérêt des élèves. Bien souvent, certains thèmes ne l'emportent qu'à une courte majorité. Les frustrés restent plus nombreux que les satisfaits. Le sujet choisi peut finalement s'avérer décevant pour certains, ce qui augmente encore les risques de démobilisation. Ce que j'apprécie particulièrement dans ces temps de choix collectif, c'est l'ouverture en grand que suscite la démarche. A plusieurs reprises au cours de l'année, les élèves sont invités à se rendre compte de la diversité des questions qu'il est possible d'étudier en culture générale. Même si le thème qu'ils préfèrent n'est pas choisi, ils entendent que ce qui les intéresse a sa légitimité culturelle et qu'ils ont des outils à leur disposition pour approfondir leur réflexion.

Pour l'enseignante que je suis, cette manière de faire a aussi son intérêt. Tout d'abord, cela me permet d'adapter plus précisément les problématiques de mes cours aux besoins des élèves. A partir de ce qu'ils disent du thème qu'ils ont envie d'étudier, je choisis mon angle d'approche. Par exemple, nous étudierons les mangas en novembre-décembre. Ce choix s'est fait notamment  par rapport à l'idée que les élèves aiment cette forme culturelle qui n'est pas reconnue comme telle par "les vieux", c'est-à-dire leurs parents et leurs professeurs. Je leur ai donc proposé de se demander quel est l'intérêt culturel des mangas, de manière à ce qu'ils puissent avoir des arguments à opposer à leurs détracteurs. Ce cours constitue une petite gageure pour moi, car je ne connais à peu près rien aux mangas. Enfin, ce que je connais et que j'aime (Taniguchi, par exemple) est classé comme manga pour les vieux par mes élèves, qui  ne jurent que par Naruto et Death Note. Je suis donc dans l'obligation de m'astreindre à l'exigence d'ouverture d'esprit que je professe à chacun de mes cours. Il m'a toujours semblé que c'était un bon moyen de faire d'agréables découvertes... Pour le moment, je me suis plutôt tournée vers Ghost in the shell, conseillé par mes collègues et préconisé par le programme de deuxième année. Je ne suis pas encore très enthousiaste, mais je ne désespère pas...