bac

Ce mercredi 24 janvier 2018, Pierre Mathiot a rendu son rapport sur la réforme possible du baccalauréat, assortie de propositions. Contrôle continu, majeures/mineures, grand oral : tout le monde commente l'esprit des évolutions proposées, leurs conditions de réalisation, les risques de pertes horaires ou pédagogiques. Dans cette ambiance, mes collègues en viennent presque à m'envier : "Tu as de la chance, pour toi ça change rien.

En effet, l'épreuve de français devrait rester la même, toujours en fin de première. Personnellement, je reçois cette permanence comme un refus d'obstacle. Est-ce pour le bien des élèves que l'on maintient une épreuve (en fait deux) très élitiste et coupée des pratiques de discours réelles ? Ou est-ce par peur de déclencher un tollé réactionnaire si l'on touche au monument national que constitue l'enseignmenet de la langue et de la littérature française ? Malgré toutes les incitations possibles de l'inspection, les jurys de Lettres peinent tous les ans à doner plus de 9.5/20 de moyenne aux lots de copies d'écrits qu'ils doivent examiner. Ce n'est pas par exigence excessive, mais parce que les exercices proposés ne correspondent pas à la culture et à la rhétorique auxquelles il est possible de former la plupart des jeunes d'aujourd'hui, même quand ils viennent de familles aisées.

Pour ma part, je rêve d'une épreuve écrite corrélée directement avec ce qui aura été enseigné en classe.

Je rêve que le Conseil National des Programmes renonce à une approche encyclopédique de l'apprentissage de la littérature pour intégrer l'idée de parcours et de culture personnelle.

Je rêve de pouvoir dire à mes élèves : "Voici les points par lesquels nous pouvons passer cette année ? Quel chemin pouvons-nous construire ensemble ?"

Je rêve que chaque élève puisse présenter une liste de textes qui soit le reflet de ses choix, de sa sensibilité, de ses interrogations et de l'évolution de sa culture tout au long de l'année de première.

Je rêve d'une épreuve écrite qui oublierait la rhétorique très spécialisée du commentaire littéraire et de la dissertation pour réinvestir ces compétences dans des textes plus souples et ancrés dans la pratiqe sociale : lettre, discours, article, critique littéraire.... L'exercice existe déjà. Il se nomme "écriture d'invention" et les professeurs de Lettres sont de plus en plus à l'aise pour l'enseigner.

Je rêve d'un oral où les élèves présenteraient un dossier sur les questions de littérature qu'ils ont choisi d'étudier pendant l'année, avec lectures, recherches documentaires, illustrations et réflexions personnelles à l'appui.

Je rêve que l'intérêt porté par l'université de Lettres aux enseignement des "creative writings" trouve son application aussi au lycée, où la connaissance de la littérature est plus intellectuelle que sensible et pratique.

Je rêve que l'attention au goût, à la sensibilité, aux émotions, à la créativité et à l'imaginaire fasse partie de l'évaluation, tout autant que les connaissances théoriques et la maîtrise de la dialectique.

Je rêve, comme Montaigne, que l'on n'évalue pas seulement les élèves sur ce qu'ils savent (et que, bien souvent ils ne savent pas), que sur ce qu'ils font de ce qu'ils savent.

Cependant, Pierre Mathiot n'a pas jugé utile de réformer le bac de français. Si Monsieur Blanquer cherche quelqu'un pour un rapport à ce sujet, je me ferai un plasir de m'atteler à la tâche. Mais Monsieur le Ministre de l'Education Nationale ne lit probablement pas ce blog...