médée

Je ne me féliciterai jamais assez d'avoir donné du choix à mes élèves de seconde pour la lecture d'une tragédie du XVIIème siècle, moment que j'appréhende particulièrement dans ce programme ô combien académique... Je me souviens d'une année où j'avais vainement tenté de faire cours sur Phèdre à une classe médusée par cette histoire de belle-mère qui désire passionnément son beau-fils... Même en s'appuyant sur l'extraordinaire interprétation de Dominique Blanc pour Patrice Chéreau, il n'a jamais été possible pour mes élèves qu'une histoire pareille soit concevable.

Cette année, j'ai présenté trois mythes à la classe : Andromaque, Iphigénie et Médée. Au terme d'un vote à main levée, c'est la troisième qui l'a emporté. Nous nous sommes donc lancés dans la lecture de Médée de Corneille, pièce datant de 1635. J'ai pris le soin de bien faire connaître le mythe aux élèves, en m'appuyant sur des oeuvres de peinture. Puis ils se sont lancés dans une lecture ponctuée d'interrogations écrites pour vérifier la compréhension par tous. Ce jeudi, au terme de la lecture de l'acte III, l'un de mes élèves, dont de nombreux professeurs disent qu'il a du mal à réussir car il n'a pas "les codes de l'école" (je trouve cette expression idiote, mais c'est un autre débat...), m'a dit : "Finalement, Madame, c'est pas si difficile..."

J'ai encore du mal à imaginer que ce texte de Corneille soit spontanément accessible pour un adolescent de 15 ans. "Hypsipyle à Lemnos, sur le Phase Médée / Et Créuse à Corinthe, autant vaut, possédée / Font bien voir qu'en tous lieux, sans le secours de Mars, / Les sceptres sont acquis à ses moindres regards". Vous y comprenez quelque chose, vous ? Je crois que c'est cette histoire de mère criminelle, de femme jalouse, de fille et de soeur cruelle, qui les motive et leur permet de surmonter les obstacles posés par le lexique du XVIIème siècle et la syntaxe de l'alexandrin. Mes élèves sont remplis d'horreur et de pitié pour ce personnage dont l'intensité les stupéfie. Cela nous permet d'approfondir notre exploration de l'expression des sentiments.

Comme je suis parfaitement cohérente dans mes paroles et dans mes actes, à la rentrée, je leur imposerai la lecture de Bel Ami de Maupassant. Faites ce que je dis, pas ce que je fais...