oranges

La Terre est bleue comme une orange

Paul Eluard

 

En cette rentrée, j'ai choisi de lancer mon cours sur l'intérêt à porter aux choses ordinaires en m'appuyant sur les exercices de relaxation que je propose systématiquement en début de cours. Mon objectif était de faire découvrir à mes élèves un poème de Francis Ponge, "L'Orange", extrait du Parti pris des choses et de susciter leur sensibilité pour une poésie capable de parler des objets quotidiens d'une manière extraordinaire.

J'ai donc apporté un filet d'oranges en classe et j'en ai distribué une à chaque élève, ce qui a créé un magnifique spectacle dans la salle. Puis, j'ai proposé aux élèves de se concentrer sur les sensations qu'ils associent à cette orange. L'idée était de les accompagner à développer leur attention à cet objet pour qu'ils le voient d'une manière plus profonde que dans le cadre habituel de leurs repas. Voici le texte de l'exercice proposé : M_ditation_orange

A ce stade, ils étaient déjà bien amusés et intrigués par l'activité que je leur proposais. Certains se sont mis à dessiner des sourires et des visages sur la peau de leur orange, ce qui me donnait à voir que, par-delà l'attention au réel que j'avais suscitée, c'est leur imaginaire qui avait été stimulé. Je leur ai alors demandé d'écrire librement sur ce que cette orange évoquait pour eux. Bien sûr, l'exercice leur a paru difficile. Le passage à l'écrit est toujours délicat pour ces futurs électroniciens, alors s'exprimer à propos d'un objet aussi banal... Après quelques minutes de recherches, nous avons pu discuter des raisons pour lesquelles il est si difficile de parler de l'ordinaire : son caractère insignifiant, la pauvreté des mots pour en parler, l'absence d'intérêt...

Puis, je leur ai présenté le poème de Ponge. Il leur est apparu comme la réponse à un véritable défi : parler de quelque chose de tellement banal que l'on croit qu'il n'y a rien à en dire. A partir de ce moment, le tour était joué. Nous avons pu travailler sur le  vocabulaire des sensations, les comparaisons, les jeux de mots, et de toutes ces choses qui permettent à la poésie de transformer le plomb en or.

Ce temps de partage ouvert par un travail d'intériorisation a permis aux élèves de toucher du doigt l'importance du regard personnel dans notre capacité à désigner quelque chose comme extraordinaire. C'est l'enjeu de notre programme de BTS. Mais j'imagine très bien aussi pouvoir ouvrir un cours de première plus clairement centré sur la poésie de Ponge avec cette activité très mobilisatrice pour mes élèves.