Bavardages

Comme vous, j'ai donné mes premiers cours ces jours-ci, et je me suis rendu compte à quel point ma réflexion sur le bavardage était d'actualité. Je suis retournée au petit guide d'intervention que je m'étais préparé pendant les vacances, parce qu'avec les émotions de la rentrée, les idées posées dans le calme se font introuvables dans mon esprit... Ce sont des choses que nous faisons tous intuitivement, mais pas toujours au bon moment, pas en toute situation. Elaborer un plan ORSEC rend parfois service dans le feu de l'action...

Dons, qu'est-ce que cela me fait à moi d'être face à ce comportement ? Je me sens irritée, voire carrément en colère, parce que j'ai besoin de savoir que l'enseignement que je dispense sera reçu dans les meilleures conditions, parce que j'ai besoin de respect pour mon travail, parce que tenir un propos sensé devant trente personnes est difficile, parce que j'ai besoin de savoir que tous mes élèves sont dans de bonnes conditions pour suivre le cours.

Mais pour réagir correctement, je dois surtout comprendre ce qu'il se passe pour les élèves...

Cas n°1 : Ils ont un besoin concret qu'ils cherchent à résoudre : feuille oubliée, mot qu'ils n'arrivent pas à lire au tableau, consigne mal comprise... Premier réflexe, voir ce que je peux faire pour eux et expliquer que je préfère que certaines demandes me soient adressées, plutôt qu'aux camarades parce que cela perturbe moins le cours et peut être utile à d'autres dans la classe. Pour ce qui est du manque de matériel, comme cela relève de la responsabilité de l'élève, je lui demande de voir ce qu'il peut faire pour régler cela discrètement : interpeller un camarade avant qu'on ne soit au travail, ou entre deux activités... S'il ne trouve pas comment faire seul, nous pouvons réfléchir aux moyens à sa disposition en fin de cours.

Cas n°2 : Ils ont un besoin plus psychologique qui les empêche de se concentrer sur le  travail proposé. Ils sont agités par des échanges et des conversations qu'ils ont eus avant d'entrer en classe et qu'ils aimeraient bien poursuivre. Ils sont sollicités par des notifications de leur portable. Ils s'ennuient parce que le sujet du cours ou l'activité proposée ne leur convient pas. Ils ont un gros souci de famille, de santé, d'amour... qui les préoccupe trop profondément. C'est dans ce cas - le plus irritant, bien entendu - qu'il faut procéder par étapes.

Premièrement, demander ce qu'il se passe. Pourquoi êtes-vous en train de parler, de rire, de vous retourner... ? Qu'est-ce qui serait possible pour que vous recentriez votre attention sur le cours ? On rappelle les besoins d'écoute et de concentration dans la classe, qui doivent être respectés si on veut que tout le monde apprenne dans de bonnes conditions.

Bien souvent, les élèves nous répondent "oui, oui", et continuent. Je vois que quelque chose ne va pas pour vous ? Est-ce que vous sauriez dire quoi ? Est-ce que ce qui vous pose problème peut attendre pour se résoudre après le cours (lien avec les copains, portable qui se sent seul...) ?  Il m'arrive régulièrement que des élèves me disent ouvertement qu'ils s'ennuient dans mon cours... Pouvez-vous accepter de travailler pour le moment dans le cadre donné et venir en parler avec moi en fin de cours ?

Malheureusement, le comportement peut perdurer encore à l'infini pour des raisons qui nous échappent. Dans ce cas, je pense que - quoi qu'en dise mon CPE - il existe un bon usage de l'exclusion. Maintenir le cadre d'attention et d'enseignement dans la classe est un geste de bienveillance envers tous les élèves, ceux qui se donnent la peine de suivre du mieux qu'ils peuvent, et celui qui ne parvient manifestement pas à trouver sa place et qui nous le signifie plus que clairement. Reste à garder un lien positif avec lui malgré (ou dans ?) le geste d'exclusion. Je vois qu'il est trop difficile pour vous de vous conformer au fonctionnement de la classe aujourd'hui. Je vous propose donc de sortir de cours pour réfléchir à cette situation et pour voir quelles solutions vous pouvez trouver seul ou avec le CPE. Nous reparlerons de tout cela après le cours. J'ai préparé des fiches où j'indique les raisons de l'exclusion pour la vie scolaire et où je demande à l'élève d'écrire sur ce qu'il s'est passé pour qu'il en vienne à être exclu et sur ce qu'il est possible de faire pour que le cours soit suivi dans de meilleures conditions. Avant qu'il ne sorte, je demande expressément à l'élève de revenir parler de cette situation à la fin de l'heure.

Il reste évidemment à savoir comment mener l'entretien qui suit. Mais, à ce stade, on peut déjà continuer à faire cours plus calmement. Le reste fera l'objet d'un autre billet...