Polymnie

Je viens de finir de corriger un travail véritablement enthousiasmant : des pièces de théâtre radiophonique réalisées par mes élèves de seconde !

L'année dernière, ma fille était en CE2 dans la classe d'un enseignant extraordinaire, Daniel Gostain, qui pratiquait la pédagogie Freinet. J'avais été frappée par un travail qu'il avait mis en oeuvre afin de  permettre une meilleure appropriation des notions de grammaire, en proposant aux élèves de les incarner sous forme de personnages de théâtre. Dans la vidéo présentée sous le lien suivant, j'avais eu la confirmation qu'"ils" sont bien plusieurs dans la tête de ma fille, chargée d'incarner le déterminant "les" : http://pedagost.over-blog.com/2017/01/les-personnages-grammaticaux-en-personne.html.

Au lycée, c'est la connaissance des figures de style qu'il est difficile de faire assimiler aux élèves. Identifier un procédé de style demande une prise de distance face aux mécanismes de production du sens qui n'est pas spontanée pour bon nombre d'entre eux. J'ai donc eu envie de tester l'idée de Daniel sur cet ensemble de notions. J'ai commencé par demander à chaque élève de tirer une figure au sort, de s'informer sur son mécanisme, puis de l'incarner sous la forme d'un personnage, en mettant en évidence son mode de fonctionnement, son caractère, ses relations avec les figures qui lui ressemblent, sa façon de parler... Nous avons commencé à voir que les figures peuvent se regrouper par familles et que leurs modes d'expression impliquent des manières d'être souvent singulières. Ainsi, les élèves ont pu s'associer par familles de figures (analogie, opposition, insistance, exagération et atténuation) et inventer des saynètes qui illustrent leurs relations. Après un temps de recherche, d'invention et de documentation sur les ressorts du comique, chaque groupe a enregistré sa scène et l'a illustrée par des effets sonores destinés à compenser la mise en scène que le fichier audio ne peut montrer.

Tous les travaux que j'ai écoutés étaient très réussis. Les saynètes témoignent d'imaginaires très variés, les uns relevant plutôt du comique boulevardier, les autres d'une poésie tirant vers le symbolisme. Chaque groupe a réalisé une création qui tout à la fois reflète la personnalité des élèves qui le composent et dépasse ce que chacun aurait pu produire seul. Mais surtout, j'ai pu constater à quel point la  réflexion sur les procédés de style avait pu s'installer dans les esprits. Leur analyse est apparue progressivement, et à bon escient, dans les autres devoirs que j'ai donnés. Et il y a même eu un débat sur la synecdoque avec le professeur d'anglais !

Du point de vue des apprentissages, cette démarche s'avère sans nul doute très efficace. Mais le plus grand bénéfice que j'en tire est le plaisir et la qualité du partage que nous avons eu. Tout au long des quatre ou cinq heures que j'ai consacrées à ce travail, nous nous sommes amusés, nous avons ri, nous avons joué avec les mots, nous avons imaginé des choses qui ne nous seraient jamais venues à l'esprit d'elles-mêmes. Je ne déteste pas cette démarche, qui nous a emmenés fort loin dans l'art de manipuler le verbe...

Devoir pour la semaine prochaine : Combien de figures de style peut-on identifier dans cette dernière phrase ? Oh non, Madame, c'est bientôt l'envol des écoliers !